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Belœil a failli apparaître dans le secteur de la rue Choquette

 

La rue Richelieu, près de la rue Choquette, vers 1920. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.

Peu de gens savent qu’il s’en est fallu de peu pour que le Vieux-Belœil (et la ville qui a suivi) soit situé à proximité de l’actuel pont ferroviaire, près de la rue Choquette. Cette découverte assez étonnante résulte du fait qu’au moment de la création de nos paroisses, il arrivait fréquemment que le seigneur fasse don du terrain de la future église, à proximité du domaine sur lequel il avait construit son manoir, et que c’est l’église et son presbytère qui déterminait presque toujours l’emplacement et la croissance du futur village. À Belœil, les seigneurs Le Moyne avaient fixé leur domaine seigneurial là où se trouve I’actuel pont ferroviaire. C’était un endroit qui procurait un bon point de vue à cause du coude de la rivière; celle-ci était peu profonde et pouvait être traversée facilement lorsque les eaux étaient basses.

En 1725, une quinzaine d’années après avoir fixé les limites de son domaine, le seigneur Charles Le Moyne, qui n’avait pas encore construit son manoir (ce qu’il ne fit jamais, finalement), réservait un terrain pour I’église, un terrain situé tout a côté du domaine, dans le secteur à la jonction des rues Choquette et Richelieu. On n’en a pas de preuve, mais on présume que le seigneur voulait installer à cet endroit le noyau de la paroisse qui serait un jour créée. Tout compte fait, c’était un très bon choix puisque 125 ans plus tard, le secteur fut choisi pour la construction du pont des trains, qu’un quartier animé s’y développa (le quartier de Belœil Station) et que c’est à partir de cet endroit qu’on construisit la route Varennes-Belœil au siècle dernier…

À la fin des années 1760, les colons de Belœil et de Rouville qui se rendaient jusque-là aux offices à Saint-Charles et à Chambly, se considérèrent assez nombreux et assez riches pour faire vivre un curé (ils étaient alors 500) et obtinrent de l’évêque de Québec (il n’y avait alors qu’un évêché dans la province) l’autorisation de construire leur église, en réalité un presbytère qui servirait de résidence au curé et de chapelle aux paroissiens. Deux colons généreux, qui vivaient à mi-chemin des extrémités de la paroisse (c’est-à-dire des frontières avec les seigneuries de Chambly, au sud, et Coumoyer (Saint-Marc), au nord, offrent alors une partie de leur terre pour la construction du presbytère-chapelle et du cimetière paroissial. La localisation est bien choisie puisque la distance à franchir pour les habitants les plus éloignés sera comparable; il n’y aura pas d’inégalité. Ces colons vivaient à l’endroit où sont situés l’église, le cimetière et le presbytère que l’on connaît aujourd’hui.

Mais les autorités seigneuriales ne l’entendaient pas ainsi. À cette époque, la seigneurie de Belœil était gérée par Joseph Fleury Deschambault, qui était le père de la seigneuresse Marie-Catherine Fleury Deschambault, veuve du seigneur Charles-Jacques Le Moyne décédé en 1755. Fleury Deschambault avait la main haute sur la seigneurie dont il était le curateur et il n’était pas question de perdre le contrôle de la situation. On avait déjà réservé un terrain pour l’église cinquante ans auparavant, près du domaine où il y aurait peut-être un jour un manoir; c’est là qu’il fallait construire la chapelle! Dès qu’il apprit les projets de construction du presbytère-chapelle au coin des actuelles rues Richelieu et Saint-Mathieu, Fleury Deschambault éleva une opposition contre le choix des habitants avec lequel choix l’évêque était d’accord. Représenté par son agent des terres François LeGuay, qui devint le premier notaire de Belœil, appuyé par 17 habitants du sud de la seigneurie (secteur des actuelles rues Orsali, Choquette, Bernard-Pilon et de McMasterville), il faisait stopper les procédures de transmission des lots du futur presbytère-chapelle.

Pendant plusieurs mois, la situation demeura confuse, les autorités religieuses se plaignant de l’opposition futile du curateur de la seigneurie de Belœil. Mais dans le courant de l’été 1769, Fleury Deschambault abandonnait son opposition comme aussi les 17 habitants situés dans le secteur de l’actuel pont ferroviaire. La raison en est que la construction du presbytère à l’endroit que nous connaissons avançait malgré tout et que l’opposition ne rencontrait aucun appui dans la seigneurie sauf des quelques habitants mentionnés.

En février 1772, le presbytère-chapelle était terminé et l’emplacement du cimetière était fixé. Quinze ans plus tard, la première église de pierre était inaugurée à côté du presbytère. Le Vieux-Belœil prit forme tout à côte au cours des décennies suivantes. Mais qui aurait pu se douter que le village, puis la ville de Belœil ont risqué de se développer à un autre endroit?

– Pierre Lambert, 1994 (Mis à jour en 2020)