Capsules d'histoire - Vie religieuse

L’église de Beloeil

 

L’intérieur de l’église Saint-Matthieu au début du XXe siècle. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.

L’église paroissiale de Beloeil a été construite (en fait, reconstruite) en 1896. C’est que Belœil a vu des incendies répétés détruire ses temples religieux. L’église actuelle est en fait la troisième construction, toujours au même endroit.

La première église

La première église fut construite de 1784 à 1787; les gens de Belœil se rendaient jusqu’alors aux offices dans la chapelle située au deuxième étage du presbytère terminé en 1772. On ne sait pas beaucoup de choses de cet édifice qui sera incendie par la foudre en 1817. Ses dimensions devaient être celles de l’église actuelle. Toutefois, la façade était différente, avec trois portes sans ornement et un pignon percé de deux fenêtres au-dessus des portails secondaires. Le clocher était probablement en bois recouvert de bardeaux de cèdre (tout comme le toit de l’édifice) et il ne possédait qu’une seule lanterne (un seul « étage ») terminé par une flèche. À l’intérieur du temple, le sculpteur bien connu Louis- Amable Quevillon aurait sculpté le tabernacle et la chaire tandis que le peintre Louis Dulongpré (qui a peint les parents du curé Noiseux en 1796) fit des tableaux en 1800 et en 1811. Malheureusement, ces œuvres d’art disparurent en octobre 1817 lorsque la foudre tomba sur le clocher de l’église et mit le feu à l’édifice. Seuls les vêtements sacerdotaux, les vases sacres et les tabernacles purent être sauvés.

La deuxième église

Les paroissiens de Belœil durent retourner assister aux offices dans leur presbytère ou aller à celui de Saint-Hilaire et on se dépêcha d’entreprendre les démarches pour la reconstruction du temple dans les mêmes murs réparés, sauf dans le cas de la sacristie qui fut agrandie. Le clocher devait être reconstruit et on le fit cette fois-ci à doubles lanternes, avec une souche en bardeaux de cèdre et le reste en fer blanc, surmonte d’une croix de fer et d’un coq doré. Les murs extérieurs furent crépis.

À l’intérieur, la décoration a commencé vers 1826, avec l’ornementation de la voûte par François et Jérôme Pépin. Deux ans plus tard, ce dernier obtenait le contrat pour la construction de la chaire. Par après, des tableaux de l’artiste Yves Tessier furent ajoutés. En 1887, on fit d’importants travaux de réfection dans l’église et en 1895 l’édifice réparé passait au feu à la suite d’une défectuosité du système de chauffage. Tous les trésors de l’église disparaissaient à nouveau. Cinq ans avant l’incendie, en 1890, la fabrique de Saint-Matthieu avait vendu à celle de Sainte-Sabine le maître-autel de Belœil dont on n’avait plus besoin. L’autel de la deuxième église de Belœil prit le chemin de cette nouvelle paroisse (située au sud de Farnham) dont l’église fut également détruite par le feu, en 1966. Cependant, on possède une photo de ce qu’était l’autel de la deuxième église de Belœil.

L’église actuelle

L’église de Belœil fut reconstruite au cours de 1896 sous la supervision de l’architecte Zéphirin Gauthier qui s’était occupé de la réfection de l’édifice neuf ans plus tôt. Gauthier travailla énormément dans les diocèses de Saint-Hyacinthe et d’Ottawa à la conception d’églises, de presbytères, de couvents et d’écoles. L’architecte donne à l’église de Belœil le style en vogue à la fin du siècle dernier au Québec, le style éclectique, qui consiste à emprunter certains éléments de différents styles anciens. À Belœil, l’église fait voir des emprunts au style roman (les fenêtres, par exemple) et au style gothique (le clocher). Ce style éclectique préconise la surcharge du décor et dans ce sens l’intérieur de l’édifice présentait au début du siècle une décoration très élaborée que le renouveau liturgique a fait disparaître; l’apparence actuelle est assez froide.

Posséder son banc d’église…

Au cours de ses deux siècles d’histoire, l’église de Belœil a parfois été le théâtre de sautes d’humeur de ses curés ou de ses paroissiens. Les chicanes de bancs étaient les plus courantes et elles se produisaient dans un grand nombre de paroisses. Certains individus monopolisaient plusieurs bancs parce qu’ils avaient une très grosse famille, ou pire, achetaient des bancs sans en avoir vraiment besoin pour les revendre a prix fort… Et on ne parle pas des personnes qui faisaient du tapage pendant les messes, au point qu’il fallut élire des connétables, sortes de gendarmes charges d’imposer une amende a ceux qui étaient trop bruyants… Ici, la petite histoire rejoint la grande histoire de la paroisse!

 

— Pierre Lambert, 1994 (mis à jour en 2020)